The Library, une cathédrale contemporaine du vin à Serrano

Je suis arrivé seul, après avoir mangé, un de ces après-midis madrilènes qui conservent encore une certaine lenteur. À Serrano, entre le pouls impeccable du quartier et cette manière si madrilène de transformer le luxe en habitude, The Library est apparue comme une exagération bien exécutée : un espace dédié au vin avec une ambition scénographique, une vocation de club et une échelle inhabituelle même pour une ville habituée aux grands gestes. Le projet se trouve au numéro 2 de la rue Serrano et fait partie du Grupo Paraguas, la société fondée en 2004 par Sandro Silva et Marta Seco.

À cette heure-là, il y avait très peu de monde, ce qui m'a permis de l'observer presque comme on observe un décor avant le début du spectacle. Le personnel était particulièrement aimable. Je me suis attardé sur les étagères, sur la hauteur, sur la répétition presque hypnotique des bouteilles, sur le bois, sur le sol géométrique, sur ce mélange entre bibliothèque privée, boutique de vin et refuge sophistiqué. J'ai goûté un rosé merveilleux et j'ai continué à regarder.

"Une idée poussée à l'excès"

The Library n'est pas un bar à vins comme les autres. Son concept se définit par une triple approche : boutique, bar gastronomique et club privé. Il propose environ 3 000 références, une carte de près de 80 vins au verre et un espace conçu dans un classicisme contemporain où le bois dialogue avec des marbres noirs, blancs et dorés mats. Tout est pensé pour que le vin ne soit pas un simple accompagnement, mais le cœur même de l'expérience.

C'est précisément ce qui le rend intéressant. Pas tant pour la promesse d'exclusivité, que presque tous les projets savent aujourd'hui mettre en scène, mais pour la force avec laquelle une idée est ici menée jusqu'au bout. Il y a quelque chose de presque théâtral dans cette accumulation de bouteilles, en hauteur, dans la manière dont l'espace est ordonné pour transmettre la révérence. Il ne prétend pas être discret. Il prétend impressionner, envelopper, construire un univers propre pour qui conçoit le vin comme objet de plaisir, de culture et aussi d'identité. Ce manque de pudeur, lorsqu'il est bien exécuté, a quelque chose d'admirable.

En le voyant vide, au calme, sans bruit, j'ai pensé que c'était peut-être là que résidait une partie de sa force. Plus qu'un lieu pour prendre un verre, The Library fonctionne comme une déclaration d'intention. Comme une de ces fantaisies ambitieuses qui n'ont de sens que lorsque quelqu'un décide de ne pas les faire à moitié. Et dans cet excès contrôlé, si madrilène et si scénique, il y a quelque chose qui mérite d'être regardé de près.