La Galerie de l’Instant, ou la beauté des lieux qui ne veulent pas s’imposer

Il y a des lieux à Paris que l'on cherche, et d'autres qui apparaissent quand la ville décide d'ouvrir une brèche. La Galerie de l’Instant a été cela pour moi : une découverte en flânant tranquillement dans Le Marais, lors d'un de ces voyages de novembre que je consacrais à Paris Photo, aux galeries et à cette forme d'inspiration qui ne survient que lorsque le corps participe aussi au voyage. La galerie est située rue de Poitou, en plein 3e arrondissement, et de l'extérieur, elle a déjà quelque chose d'inconfondable : une façade rouge, presque cinématographique, qui semble abriter un monde à part.

Ce qui m'a captivé, ce n'était pas seulement ce qu'elle montrait, mais la manière dont elle le montrait. Elle ne semblait pas être une galerie comprise dans sa solennité, mais plutôt une sorte d'arrière-boutique magnifique, un petit espace intime, avec un désordre délicat et vivant. Comme si les œuvres n'avaient pas été placées pour impressionner, mais pour coexister. Et c'est peut-être pour cela qu'elle m'a tant touché : parce qu'elle avait de l'authenticité. Non pas l'authenticité fabriquée de certains espaces contemporains, mais celle des lieux qui existent vraiment.

"Un petit refuge pour regarder à son rythme"

Je me souviens que cette première fois, je suis tombée sur des photographies qui appartenaient de plein droit à l'imaginaire visuel qui m'accompagne depuis des années. Peter Lindbergh, Patrick Demarchelier et d'autres noms qui, pour moi, ne font pas seulement partie de l'histoire de la mode ou de la photographie, mais aussi d'une éducation sentimentale du regard. La Galerie de l’Instant a précisément construit ce territoire : une galerie dédiée à la photographie, fondée par Julia Gragnon, où cohabitent de grands noms, des expositions temporaires et un fonds qui va du portrait, de la musique et du cinéma à la mode et à la culture visuelle. Selon sa propre présentation et d'autres références sur le projet, la galerie programme régulièrement des expositions et a présenté des œuvres de photographes tels que Bruce Weber, Milton H. Greene, Jean-Pierre Laffont ou Patrick Demarchelier.

Mais ce qui me marque, ce n'est pas la liste des auteurs. C'est autre chose. C'est la proximité physique avec les images, la sensation que là, la photographie conserve encore corps, poids, présence. Des cadres appuyés, des œuvres élégamment déplacées, des livres, des affiches, des tirages qui semblent attendre un nouveau mur. Tout transmet une relation moins muséale et plus humaine avec l'œuvre. Comme si l'art n'était pas là pour être vénéré à distance, mais pour entrer dans votre vie.

J'y suis retournée à plusieurs reprises, et pour moi, cela en dit long. Il y a des lieux où l'on revient non seulement pour ce qu'ils offrent, mais pour ce qu'ils confirment. La Galerie de l’Instant me confirme une intuition qui est toujours vivante : qu'un petit espace, honnête et avec du discernement peut avoir beaucoup plus d'âme que de nombreux projets grandioses. Et que, parfois, il suffit d'une pièce remplie de photographies, de quelques livres et d'une véritable énergie pour ouvrir un monde entier.

"Ce que j'imagine encore"

Quand je pense au futur espace de The Collector, j'imagine parfois quelque chose d'ambitieux, de vaste, de presque institutionnel. Mais d'autres fois, je l'imagine à l'exact opposé : intime, silencieux, authentique, presque comme cette galerie parisienne. Un lieu où cohabitent photographies, œuvres, livres et trouvailles sans avoir besoin de trop d'explications. Un lieu où l'expérience ne dépend pas de la taille, mais de la sensibilité.

C'est peut-être pour cela que ces images me sont restées tant d'années après. Parce qu'elles ne me rappellent pas seulement une visite à Paris. Elles me rappellent une façon d'être face à la beauté : sans hâte, sans bruit, sans besoin d'exagérer quoi que ce soit. Juste en entrant, en regardant, et en laissant le bon monde vous trouver.