Je suivais depuis longtemps le travail de Mert Alas et Marcus Piggott. J'étais fasciné par ce mélange si caractéristique de sensualité, d'artifice, de tension et de perfection technique. Ils ne photographiaient pas seulement la mode ; ils construisaient un univers. Un univers où le glamour cessait d'être superficiel pour devenir un langage, une atmosphère, une forme très spécifique de fiction visuelle. Leur parcours était déjà jalonné par des titres comme Vogue, Interview, Vanity Fair ou W, et par des campagnes pour Dior, Versace ou Yves Saint Laurent, mais voir ces images réunies dans une salle avait une autre densité. L'exposition célébrait vingt ans de collaboration du duo et rassemblait dix-huit œuvres, neuf en noir et blanc et neuf en couleur, mises en vente pour la première fois. Cette information, en soi, en disait déjà long sur un moment culturel : la photographie de mode, longtemps admirée en dehors du marché de l'art, y revendiquait sa place avec une totale naturalité. Non pas comme un appendice, ni comme un genre mineur, mais comme une œuvre.
Ce qui m'a le plus impressionné alors, c'est de reconnaître beaucoup de ces images qui faisaient déjà partie de mon imaginaire. Certaines de Kate Moss, d'autres de Lara Stone, d'autres que je voyais reproduites depuis des années dans des magazines, des campagnes ou des livres. Mais c'est une chose de connaître une image et c'en est une autre très différente de la trouver devant soi, bien produite, bien encadrée, respirant dans un espace comme celui-là. C'est là que j'ai encore mieux compris leur puissance. Les grands tirages, le silence de l'accrochage et la sophistication de PHILLIPS n'embellissaient pas les photographies : ils leur donnaient simplement la place qu'elles méritaient.
Avec le temps, cette impression ne s'est pas effacée. Au contraire. Certaines de ces œuvres m'ont accompagné d'autres manières, également à travers les livres de Taschen dédiés au duo, publiés en édition limitée et conçus comme des objets de collection. C'est peut-être pour cela que cette exposition occupe toujours une place si nette dans ma mémoire : parce qu'elle résumait très bien une époque de ma vie où regarder était aussi une façon de construire un jugement. Et parce qu'en Mert & Marcus j'ai toujours trouvé quelque chose que j'apprécie encore aujourd'hui : une image capable d'être excessive et exacte en même temps.